Tamazight sur Internet
Tamazight sur Internet
Par H. SAHKI et M.O. MEDJEBER
De
l’âge de la pierre taillée à Internet, en passant par les hiéroglyphes, les gravures rupestres (Tassili, runiques), les parchemins et les presses de Gutenberg, l’Homme ne cesse de progresser et d’inventer le moyen de communiquer : tamazight gagnerait à enfourcher ce nouveau cheval de bataille technologiqu
e qu’est Internet..
De bataille, il en est quest
ion présentement et d’une des plus serrée entre les communautés linguistiques les plus à la pointe : l’anglop
honie et la francophonie.
Ré
cemment, au cours d’un colloque intitulé « la francophonie face aux défis des nouvelles technologies », qui s’est tenu à Paris, des représentants de plusieurs pays de la communauté francophone, qui se sent « en état d’urgence » vis-à-vis de l’anglais, ont annoncé leur intention de franciser l’accès au ré
seau Internet.
L’intitulé de ce
colloque exprime, à lui seul, la grande préoccupation du siècle en matière de télécommunication. Une véritable course, sous tendue par des intérêts, des enjeux économiques évidents, est engagée entrefrancophones et anglophones. Les premiers ont appelé à une « francisation du réseau Internet par la création de logiciels de navigation et de moyens d’accès conviviaux et rapides » et à « la mise en place d’outils de repérage, d’indexation et de représentation des ressources disponibles, e
n français ».
DEFIS, COMBAT, URGENCE et RAPIDITE sont les
maîtres-mots le l’heure sur Internet. Tamazight peut et doit s’insérer dans cette arène technologique. Pour peu qu’elle réponde aux normes - hélas -fixées par les tenants du système de communication moderne. C’est une condition sine qua non mais aussi une chance - et la meilleure - qui lui permettra sinon de rattraper son millénaire de retard, du moins de se développer trè
s rapidement. A la vitesse Internet.
1. Qu’est ce qu
e Internet ?
Le monde de la communication s'est enrichi d'un outil fascinant, un sup
er réseau d'échange de données, qui ignore les frontières et les couleurs politiques : cet outil c'est INTERNET. Le mot lui-même vient de INTERnational NETwork, ce qui veut dire : Ré
seau International.
C'es
t, en résumé, un réseau "téléphonique" à travers lequel on peut échanger du texte, des images, des fichiers, des messages, et ce, entre différents points du globe. Il suffit, pour cela, d'avoir à sa disposition une ligne téléphonique, un ordinateur équipé d'une carte spéciale appelée MODEM (MODulateur DEModulateur) qui permet de coder le message à transmettre, et d'un logiciel (programme informatique) d'accès au réseau INTERNET via un serveur (prestataire permettant de se connecter à INTERNE
T).
INTERNET offre, principaleme
nt, trois services à ses abonné
s :
1. La messager
ie électronique (E-Mail) qui donne la possibilité d'échanger des messages à travers le réseau. 2. Les Forums (Newsgroups) où des abonnés se rencontrent et discutent d'une manière virtuelle (par écraninterposé). 3. Les sites Web, véritables banques de données, où on peut consulter (et enregistrer pour usage personnel)textes, photos, vidéo
s et sons.
Le premier service permet d'envoyer ou de recevoir un message
écrit sur l'écran de son ordinateur. La taille du message est limité à ce que peut contenir l'
écran.
Le deuxièm
e service ressemble à de la vidéoconférence (avec échange de textes seulement). On peut y discuter à deux ou à plusieurs en échangeant des informations, par écrit, en temps ré
el.
Le plupart des logiciel
s d’accès à Internet ne permettent pas l'utilisation des caractères accentués sur ces deux services. Les caractères accentués écrits par inadvertance, peuvent alors être traduits, pour le destinataire du message, par des signes typographiques aléatoires (*, #, {, @, etc.). C'est pour cette raison qu'il faut veiller, parfois, à n'utiliser qu
e les 26 lettres de l'alphabet.
Le troisi
ème service permet de "visiter" des sites offrant des images, du texte, de la vidéo ou du son, en ce sens que chaque site offre un service particulier, comme par exemple, la visite d'un musée, la consultation d'un journal, d'un livre ou d'une revue, l'accès à des jeux éducatifs ou à des textes didactiques, la consultation de la météo, du plan d'une ville, des chiffres de la bourses, des résultats sportifs, etc.Toutes ces informations sont présentées sous formes d'écrans à menus déroulants (on peut consulter les écrans les un après les autres en les appelant à travers un menu - une sorte de table des matières -). Ces écrans, appelés "pages Web", peuvent contenir du texte et/ou des images, ou bien encore des images animées accompagnées ou non de sons (paroles et/ou musique). Une "page Web" peut atteindre la taille de 100 Kilooctets (l'équivalent de 40 pages dactylographiée
s).
2. Tamazight et Internet
Le problème que nous voulons soulever est celui de la compatibilité de l'écriture amazighe avec les nouvellestechnologies de la communication, et, Internet nous permet de toucher du doigt la difficulté (sinon l'impossibilité) qu'il y a a utiliser les caractères pourvus de signes diacritiques pour échanger, en tamazight, des informations à
travers les nouvelles techniques de communication.
Nous savons
déjà qu'il est impossible d'envoyer un télex (ou un télégramme) en écriture amazighe traditionnelle, vu que cette technique de transmission n'utilise que les 26 lettres de l'alphabet sans aucun accent. Il s'avère qu'avec Internet, l'utilisateur de tamazight est confronté au même type probl
ème.
Pour é
changer des messages sur Internet, il faut parfois écrire sans aucun accent, si on utilise, ne serait-ce qu'un seul accent, le caractère accentué sera traduit à l'arrivée (pour le destinataire du message) par n'importe quoi. D'un autre côté, il est impossible d'utiliser les caractères
pourvus d'un signe diacritique, dans cette rubrique message.
Si on
veut créer un fichier Web (une ou plusieurs pages) pour y mettre des informations, il nous faut passer par des éditeurs ou des traitements de textes développés par les logiciels d’accès à Internet (Microsoft, IBM, Netscape, Quarterdeck, etc.), et ses logiciels utilisent, tous, les 26 lettres de l'alphabet et seulement les caractères accentués utilisés par les langues dominantes (Anglais, Espagnol, Français, Allemand, etc.). On commence à peine à développer des outils pour communiquer en Arabe, Hé
breux ou Russe.
Pour qu'un tel outil soit ad
apté à tamazight, il faudrait développer un logiciel spécifique (encore un !) pour pouvoir ajouter les points souscrits et les cédil
les dans un fichier Web.
Bien
sûr il y a la solution qui consiste à considérer le texte en tamazight, comme une image (un fichier graphique diraient les spécialistes), où chaque lettre serait alors considérée comme un dessin, mais ça serait utiliser un marteau pour tuer une mouche. En effet, le graphisme (une simple image) occupe dix fois plus d'espace dans un fichier, qu'un texte de même dime
nsion (sur une feuille).
Il serait tellement plus pratique
d'utiliser « tout simplement » les 26 lettres de l'alphabet latin pour écrire tamazight, cela réglerait tous ces problèmes secondaires et permettrait à tamazight d'utiliser les techniques de communication développées d'abord pour l'anglais, puis progressivement pour les autres langues. Tamazight s'insérerait, alors le plus facilement du monde, dans toute technique nouvelle, sans avoir besoin de développer à chaque fois un outil spécifique en mobilisant des milliers d'heures de travail de chercheurs, heures qui seraient plus utiles dans d'autres domaines de recherche.SETIF, ALGER, Juin 1998Article paru dans « Abc-Amazigh »,
Editions Tizrigin Yuba wissin, Alger